jeudi 24 avril 2014

Chine : quelques nouvelles des thés verts nouveaux

Comme chaque année, la période des premières récoltes annonce le renouveau et suscite l'attente du côté des amateurs. En Chine, ce sont surtout les thés verts qui sont attendus lors des toutes premières cueillettes. Pour les paysans du thé, ce moment de travail intense représente un enjeux capital, puisque ce sont les thés récoltés avant Qing Ming qui seront vendus au meilleur prix (mieux vaut qu'il ne soient pas ratés !). Les aléas de la météo restent la préoccupation principale parce que, comme chacun le sais, le thé est un produit de la nature. De mauvaises conditions météo peuvent tout simplement compromettre la qualité du thé. Ainsi, les producteurs surveillent le ciel, les vents, l'humidité, avec l'espoir que les meilleures conditions soient réunies pour obtenir des thés de haute qualité.



Dans le triangle d'or des thés verts chinois (situé sur les provinces de Anhui, Zhejiang, Jiangsu et Jiangxi), l'hiver a été plutôt froid (ce qui est toujours une bonne chose), avec un épisode très froid et neigeux à la fin du mois de février et début mars, causant aux producteurs de thé une certaine inquiétude. Heureusement, cela n'a pas duré, et un temps particulièrement clément s'est installé. Les toutes premières récoltes ont donc débutées très tôt, aux alentours du 15 mars. Globalement, les conditions climatiques de 2014 ont été favorables pour les thés récoltés avant Qing Ming (Fête de la Pure Lumière, aux alentours du 5 avril). Les récoltes d'après Qing Ming s'annoncent aussi très bien, ce qui n'était pas le cas l'année dernière, puisqu'il y avait eu de fortes pluies (notamment dans le Zhejiang) jusqu'au 15 avril environ.



Les grands crus de thés verts sont très demandés sur le marché chinois, mais leur quantité reste toujours fort limitée. Dans les jardins prestigieux, seule la récolte de printemps est effectuée, souvent sur une période de deux à trois semaines (ainsi les théiers ne sont pas surexploités et ne donnent que le meilleur une fois par an. Cela permet aussi d'éviter le recours aux produits phytosanitaires). Et ces thés se vendent très rapidement ! Les amateurs chinois sont prêts à y mettre le prix, d'autant qu'il y a vraiment un regain d'intérêt pour les thés verts depuis quelques années (dans certaines parties de l'Est de la Chine, la mode des Pu'Er a tendance à s'essouffler).



Un phénomène est aussi a prendre en compte ces dernières années: certains paysans, dans les lieux de production célèbres (Long Jing, Bi Luo Chun...) fabriquent désormais des thés rouges pour plaire aux palais des touristes occidentaux, réduisant encore les quantités disponibles. Il faut dire que tous les producteurs ne jouissent pas d'une renommée extraordinaire, et que cela leur permet de vendre une partie de leur production à de meilleurs prix. Aussi, dans la province de Zhejiang, il devient de plus en plus difficile de trouver certains crus locaux dans leur version Ming Qian (premières cueillettes de l'année). C'est le cas pour le Qing Ding de Tianmu Shan par exemple. En effet,  dans ce merveilleux lieu de production (à environ 130km de Hangzhou), on va d'abord fabriquer du Long Jing avec les premières feuilles récoltées parce que la demande demeure très forte pour ce thé. Donc, beaucoup de Tianmu Qing Ding sont fabriqués plus tard (période Gu Yu). Et puis, cela soulève encore et toujours le problème du cru fabriqué en dehors de son terroir d'origine.



D'autre part, les grands crus cueillis avant le 5 avril ne sortent habituellement pas du territoire chinois, surtout ceux produits par des paysans particulièrement talentueux et reconnus. La seule manière de s'en procurer reste bel et bien de se trouver au bon endroit et chez le bon producteur, suffisamment tôt pour avoir le choix entre telle et telle cueillettes, effectuées à quelques jours d'intervalle et pourtant si différentes ! Chaque année, dans les instituts de thé, les spécialistes se réunissent pour goûter et juger les nouvelles productions des paysans. Les notes attribuées aux différents thés présentés déterminent les prix qui seront pratiqués, et influencent grandement la réputation des producteurs.


La finesse et la grande vitalité qui caractérisent les thés verts Ming Qian de qualité restent inimitables. C'est aussi pour cela qu'ils sont les plus recherchés, car selon les critères des spécialistes chinois, un thé vert de haute qualité doit offrir la beauté, la fraîcheur, et la délicatesse. En revanche, ce n'est pas parce qu'un thé a été cueilli avant la Fête de La Pure Lumière (Qing Ming) qu'il est forcément bon.


En cette année 2014, je suis particulièrement heureuse de constater qu'il y a de plus en plus jeunes cueilleuses dans les jardins de thé. En effet, ce travail difficile et demandant un savoir-faire précis peut rebuter les jeunes générations qui préfèrent souvent tenter leur chance dans les grandes villes. Mais finalement, rien n'est jamais joué en Chine, et on peut être surpris par la tournure que les choses prennent. Il est important que le thé reste cueilli à la main par des personnes qualifiées et motivées...



Cette année encore, il se vendra deux fois plus de thés Ming Qian qu'il ne s'en produit ! Phénomène que l'on peut déplorer, mais qui reste très courant dans le thé. Un amateur éclairé devrait toujours en avoir conscience.


Globalement, les producteurs sont satisfaits cette année, aucun problème majeure ne s'étant présenté. Et c'est tant mieux, nous allons pouvoir profiter de toute la fraicheur printanière de thés verts de grande qualité pour recharger nos batteries ! En effet, les Chinois considèrent que les premiers thés verts de l'année sont très chargés en propriétés pour la santé, et qu'ils permettent de se purifier et de se revitaliser. Mais attention, ils disent aussi que consommés en trop grande quantité, ces thés, grâce à leur action drainante sur le foie, risquent de faire sortir de ou trois boutons ! Et c'est vrai, je peux en témoigner.


L'ambiance qui règne dans les jardins de thé au moment des nouvelles récoltes est joyeuse, fraîche et ensoleillée, légère et empreinte de dynamisme. Le travail s'effectue dans la concentration et la sérénité. Et bien qu'il soit difficile, la joie et les rires remplissent l'atmosphère. Les azalées, magnolias, camélias rouges, et autres bijoux floraux illuminent les camaïeux de verts tendres offerts par la nature.  La renaissance, les théiers qui bourgeonnent, le chant des oiseaux au petit matin,  les brumes traversées d'une douce lumière : en un mot, le printemps.

samedi 19 avril 2014

Le Qi du thé ?

Le Qi du thé est une notion qui semble revenir assez fréquemment sur la toile, et bien souvent, il existe une certaine incompréhension ou une méconnaissance à ce sujet. Tout d'abord, je crois qu'il est important d'essayer de comprendre cette notion avec son intellect. Tentons de trouver une définition simple, bien que la question soit complexe et pleine de subtilités. En Chine (et dans d'autres pays d'Asie), le Qi est le souffle qui anime l'univers et la vie. Il est présent dans toutes les manifestations de la nature (dans le thé, bien sûr). Donc dans la pensée chinoise, pas de Qi, pas de vie. Le terme Qi reste extrêmement difficile à traduire, mais, pour que les Occidentaux puissent comprendre, le mot énergie pourrait convenir, bien qu'il n'existe pas d'équivalence exacte, et que finalement le terme souffle reste plus approprié. Le Qi est donc un principe fondamental et universel, animant et reliant toute chose, et toujours en mouvement. En Chine, que ce soit dans la médecine, dans la géomancie (feng shui), dans l'art ou dans la vie quotidienne (etc), l'idée première est de favoriser la circulation du Qi pour créer l'harmonie. Précisons aussi que les Chinois distinguent différents types de Qi, ou disons plutôt qu'il existe des nuances. La notion de Qi est présente dans les trois grandes formes de sagesses chinoises, à savoir : Taoïsme, Bouddhisme, Confucianisme.



La notion de Qi, et toute la perception de l'univers qui va avec, est un axiome auquel on peut adhérer ou non. En Chine, il est profondément ancré dans la culture et la pensée. Si l'on n'admet pas l'existence du Qi, on ne pourra le voir dans le thé, ni dans rien d'autre d'ailleurs.




Personnellement, l'observation de la nature, des phénomènes de la vie, ainsi que l'observation de mon propre souffle m'ont naturellement conduit à adhérer et à admettre la notion de Qi, qui d'ailleurs m'apparait d'une logique implacable. Il est fondamental de savoir si l'on est en accord avec ce concept car cela va déterminer notre manière de voir les choses et notre avis sur la question. Inutile de chercher quoi que ce soit de surnaturel dans tout cela, il suffit simplement de comprendre et de savoir se positionner.



J'ai remarqué que certains, à travers les blogs, parlent du Qi du thé. Mais bien souvent, j'ai l'impression que ce fameux Qi n'est ni ressentit, ni perçu par la plupart des buveurs de thé. La notion semble plutôt floue, et il est justement difficile de connaitre le positionnement de ceux qui en parle. Et finalement, cela n'a rien d'étonnant, puisque la plupart des gens ne savent pas reconnaître le Qi, qui se trouve en tout et partout. Car, en réalité, il faut une bonne dose de sensibilité pour percevoir ce souffle universel. En effet, celui-ci peut-être infiniment subtile. Certaines pratiques, comme la méditation, les arts martiaux, etc, permettent de renforcer notre capacité naturelle de pouvoir capter le Qi.



Alors, plutôt que de penser que tel ou tel thé n'a pas de Qi, ne vaudrait- il mieux pas commencer par  se demander si l'on a soi-même la capacité de le percevoir. Premièrement, pour reconnaître le Qi, il faut déjà être en accord avec son existence. Ensuite, il faut adhérer à la réalité présente, sans concession au mental, aux turpitudes de l'intellect et de l'ego. L'humain peut facilement percevoir le Qi en toute chose lorsqu'il se débarrasse de tous ses artifices. Corps, esprit et coeur doivent être calmes et apaisés pour ressentir le Qi... D'autre part, tous les thés ne dispensent pas le même type de Qi. Pour percevoir ces nuances, il faut de l'entraînement.



Il y a un phénomène assez logique, facile à observer : le Qi est surtout perceptible dans les thés ayant poussé dans des lieux où la nature règne en maître et ayant été traités avec soin et respect (de la cueillette à la fabrication).  Pour s'entraîner à ressentir le Qi, il y a différentes manières, mais avec le thé, mieux vaut choisir les bonnes feuilles, celles qui offrent une grande vitalité. Le thé est une plante, et comme toute plante, elle possède une énergie qui lui permet d'exister. Cette énergie va interagir avec la personne qui absorbe ladite plante, qu'elle en soit consciente ou pas. Par ailleurs, certaines plantes présentent un Qi tout à fait particulier, et c'est bien le cas du thé. Pour le constater, il suffit de penser par exemple à son histoire, à sa place dans le quotidien des humains à travers la planète, etc...



Un compte rendu analytique sur la dégustation d'un thé, avec  description olfactive, gustative, visuelle, reste un exercice intéressant et formateur lorsque celui-ci ne devient pas une pure masturbation cérébrale, à mon humble avis. Quoi qu'il en soi, ce genre d'exercice ne permet pas de percevoir le Qi. L' approche physique utilisant le corps et les sens se transforme peu à peu en un véritable travail qui va favoriser la perception du Qi : d'abord la sensation visuelle, puis olfactive, et la sensation en bouche, dans la gorge, ensuite la sensation de la liqueur qui descend dans le corps, qui entre en contact avec les organes, et qui pénètre dans chaque cellule. Uniquement la sensation pure, le sentiment qui se dégage du contact entre la liqueur et soi. Là, il ne s'agit absolument pas de déterminer si le goût ou le parfum semblent évoquer telle ou telle référence déjà cataloguée dans notre mémoire. Au contraire, il s'agit de faire abstraction des étiquettes. C'est à ce moment là que l'on peut ressentir le Qi du thé.



Le Qi du thé se manifeste dans le corps, de manière plus ou moins évidente. Il passe tout simplement par les méridiens et les centres énergétiques. Lorsqu'il est puissant, il vous traverse, vous purifie et vous ouvre le coeur. C'est comme une vibration qui élimine toute fausse note. Je crois qu'en développant son esprit d'observation, on arrive a voir les effets du Qi du thé sur soi-même, sur sa vie, sur le court et le long terme... Une chose est certaine, cela vaut la peine de creuser le sujet avant d'en parler.