jeudi 31 janvier 2013

Pensées d'Hiver



L'Hiver représente le repos, la période où tout se passe à l'intérieur. Les forces sont en dormance, se préparant discrètement, mais surement, à une renaissance. Contrairement aux végétaux et à certains animaux, l'homme ne peut se consacrer entièrement à cette phase "au ralentit". Mais il peut s'accorder à un rythme plus lent, où les temps d'intériorisation seraient privilégiés. Parfois, je rêve de pouvoir hiberner pendant quelques temps pour renaître avec la fraîcheur et la vigueur d'un jeune bourgeon de thé sous le doux soleil du printemps. Ceci n'étant pas d'actualité, il faut bien trouver d'autres solutions.



Le calme, la sérénité, le silence sont nécessaires à une régénération hivernale réussie, qui va s'opérer chez l'être humain par une intériorisation profonde. Le théier, quant à lui, semble endormi dans le froid et la quiétude. Mais, comme l'eau à la surface d'un lac lisse et immobile, ou comme une personne assise en zazen, les choses se passent juste en dessous, et dans les profondeurs. Une apparente quiétude qui cache une revitalisation intense.



Lorsque le froid règne dehors, s'accorder des instants de paix devrait représenter une priorité pour notre bien-être et notre évolution. Et le thé reste le compagnon idéal pour ces moments d'introspection ou de méditation. Il apporte la chaleur, le réconfort, l'énergie, la clarté... Et, en induisant la lenteur, il favorise naturellement un esprit calme et pur.



Lors d'une session-thé hivernale, on peut mettre en scène, à travers les accessoires et le thé lui-même, la tranquillité d'un paysage sous la neige, la chaleur d'un feu de bois... L'important étant de ne faire qu'un avec la saison et son rythme. Le thé incarne tout simplement ce lien dont nous avons besoin pour nous connecter aux rythmes de la Terre. Cette idée, empreinte de l'esprit taoïste, était déjà présente chez les buveurs de thé des temps anciens.



En observant sereinement la Nature à cet époque de l'année, on s'aperçoit que le renouveau printanier est déjà amorcé. Le thé nous montre chaque jour comment nous pouvons être plus attentifs, et nous engage dans une observation plus poussée de l'environnement. Les théiers préparent lentement de nouvelles pousses, qui seront pleine de vigueur et de fraîcheur. La perspective joyeuse de découvrir les nouvelles récoltes réchauffe le coeur, et permet de ne faire qu'un avec l'esprit du camélia sinensis.

mardi 15 janvier 2013

Bai Ji Guan

La crête blanche de coq, un Yan Cha atypique.





Voilà un thé qui mérite qu'on s'y attarde, car il ne peut être comparé à aucun autre. Les thés wulong de la montagne WuYi sont nombreux, et représentent déjà un genre bien spécifique grâce à leur terroir, leur environnement, et leur climat exceptionnels. Certains de ces fameux thés de rochers sont parmi les plus connus en Chine, et dans le monde. Le type Da Hong Pao reste le plus célèbre et le plus demandé (on en trouve donc de toutes sortes, le meilleur comme le pire). Le Bai Ji Guan, lui, se distingue surtout par sa singularité et sa rareté. Bien qu'également célèbre, il demeure plutôt méconnu, notamment en Chine, où il touche surtout un publique de connaisseurs pointus. Bref, il n'a pas encore été victime de la frénésie d'un effet de mode. Comme pour la plupart des thés chinois, son nom fait référence à une légende... que je ne raconterai pas ici.




Le cultivar Bai Ji Guan se différencie de manière très nette, par des sommités de couleur jaune clair (d'où la référence à la couleur blanche dans son nom : bai), remarquable aussi par la manière dont ces jeunes pousses s'élancent vers le ciel. On ne peut donc pas confondre le théier BJG avec un autre. Il est important de savoir que sa culture, et surtout, sa fabrication, demandent un savoir-faire particulier, très délicat. Tous les producteurs n'ont pas la maîtrise nécessaire, et n'en produisent donc pas, ce qui explique, entre autre, sa rareté. Autre facteur expliquant la rareté : les théiers BJG sont peu nombreux par rapport aux autres variétés de WuYi, de plus, ils sont cultivés dans le secteur Tian Xin Yan, une des zones de culture les plus réputés et restreintes.




Généralement fin avril, début mai, on récolte un petit rameau comprenant 3 jeunes feuilles, lorsque le bourgeon vient de s'épanouir (ce qui représente la cueillette classique à WuYi Shan). Dans le cas d'un BJG, la feuille la plus jeune sera la plus claire. On retrouvera bien sûr cette couleur caractéristique sur les feuilles après fabrication (feuilles sèches donc), et plus encore, après infusion. La feuille infusée, très claire, porte la marque de l' oxydation sur son pourtour dentelé, d'une couleur rougeâtre. Parmi les Yan Cha, BJG représente une véritable exception à de nombreux égards. Il porte toutefois la vibration si particulière des thés de rochers de WuYi.






Cependant, le Qi de Bai Ji Guan est aussi un point qui le différencie des autres. On est dans un registre à dominante Yin, avec des sensations délicates et douces, dans une énergie féminine, bien que non dépourvue de chaleur. Dans son ensemble, ce thé offre un raffinement empreint de nombreuses subtilités.






La liqueur est très claire pour un Yan Cha, jaune d'or, pure et éclatante. Elle dévoile un parfum d'une grande finesse, tendre et enveloppant. En bouche, la liqueur glisse délicatement, développant des notes poudrées, florales et minérales. Sa texture veloutée tapisse la gorge et descend dans le corps avec beaucoup de légèreté, induisant un grand bien-être.




Pour la préparation des WuYi YanCha, j'aime beaucoup utiliser un zhong, qui permet de bien profiter de tous les aspects du thé. Néanmoins cette fois, j'ai décidé de sortir une théière en porcelaine, et une Yixing, histoire de comparer les deux, simultanément (je ne développerai pas pour autant de longues théories à ce sujet). Le BJG que je déguste aujourd'hui est le fruit du travail authentique et minutieux de M.Wang, véritable artiste des Yan Cha (que j'ai déjà évoqué : article Yan Cha 198).


Feuilles de BJG dans l'eau froide, après infusions


Avec des feuilles de cette qualité, on peut se permettre de nombreux paramètres d'infusion : le résultat reste délicieux. Pour ma part, je privilégie quand même un dosage généreux avec un temps d'infusion très court, voir inexistant (et alors là, on peut facilement obtenir une dizaines d'infusions et une explosion de saveurs). Mais j'ai aussi tenté, pour ce BJG, un peu moins de feuilles et une infusion plus longue. Les deux versions fonctionnent très bien.




De même, ce thé est excellent, que se soit en théière Yixing ou porcelaine. Bai Ji Guan aura exprimé toute sa délicatesse, mais aussi sa profondeur, dans les deux cas. Avec la terre, il y ce "je ne sais quoi" , comme toujours, cette alchimie si particulière.



Les feuilles infusées ont une texture souple, presque élastique. A WuYi, on les place dans un bol d'eau froide pour mieux les observer. Cela leur permet de bien se déployer.


Sphère de citrine et liqueur de BJG

Ce Bai Ji Guan aura duré tout l'après-midi, apportant une sensation relaxante en dénouant les tensions musculaires. Il rafraîchit et aiguise l'esprit. Son after-taste dure si longtemps, qu'on ne peut l'oublier. Ce Yan Cha exprime sa puissance avec une délicatesse unique. Les wulong de WuYi sont vraiment riches en émotions. Quel délice !


jeudi 10 janvier 2013

Qimen Mao Feng First Grade

What I mostly appreciate, on very cold winter days, back from a long walk, is a warming chinese red tea from Qimen (Anhui). The Mao Feng types are picked on early spring days. The one I'm tasting is from the very first days of harvest, and offers small buds with a very tender leaf.



The leaves appear to be quite dark, with just a bit of golden down. They also are very curly, and not that easy to handle.



An intense flowery and malty fragrance is released when pouring water into the zhong. That's already a warming sensation. The liquor is a shiny dark red, pure and clean. The very first brew offers a surprising gentle flower aroma.



The following brews give more chocolate and malt flavors. But the flower note is still present in mouth and throat. The velvety texture melts into the body providing a very soft and soothing sensation.



This is one of the finest Qimen Mao Feng I have tasted so far, and I find the floral aromas quite unusual. After five or six brews, the fragrances and flavors start to slowly fade away.


For this tea session, I chose a Jingdezhen porcelain zhong, ivory white pitcher, and gorgeous celadon flower cups. The choice of the accessories is very important on the general feeling you're going to have about the tea itself, and tea time. Because tea is also poetry. And when I think of tender spring buds, I naturally want to associate them to delicate butterflies, and cups suggesting a flower shape in a subtle green color. And when the sun shines on such a tea set, although it's so cold outside, you can almost feel blessed by Nature's harmony. And most of all, you are not freezing any more !

dimanche 6 janvier 2013

S'assouplir

Comme beaucoup d'entre nous, je consacre habituellement les théières en terre à une seule famille de thé. Il faut dire que c'est la manière courante de procéder et que cela comporte des intérêts indéniables. Mais il y a environ une année maintenant, les circonstances m'ont amené à faire une expérience fort intéressante, qui allait quelque peu ébranler cette certitude. Je vous épargne les détails, car ce qu'il faut savoir, c'est que je me suis retrouvée avec une kyushu de Tokoname cassée, au niveau de la poignet et du petit bouton du couvercle. Après une minutieuse réparation à la super colle (en effet, les parties endommagées ne seraient pas en contact avec l'infusion), me voilà dotée d'une nouvelle théière, d'environ 0,3L. J'ai déjà ce type de kyushu, mais de plus petite taille, que j'utilise exclusivement pour les thés verts japonais...



Ce dont j'ai surtout besoin, c'est d'une théière "à tout faire", polyvalente, toute simple. Voilà comment cette fameuse kyushu en terre cassée va naturellement finir par préparer tous types de thé, remettant en cause, au fil des utilisations, une croyance un tantinet figée : théière en terre = une seule famille de thé. Cela s'est tout d'abord fait sans vraiment y réfléchir. Puis, je me suis interrogée.



Cette théière n'est pas des plus poreuse, bien qu'étant en terre. J'y infuse toutefois des thés rouges, des Pu'er, des wulongs, des verts, sans interférences. Chaque liqueur présente ses caractéristiques propres, sans goûts résiduels de la précédente (contrairement à ce que je pensais). Il faut dire que je la nettoie avec rigueur, à l'eau très chaude, après chaque utilisations (ce qui n'explique surement pas tout). Bref, cette expérience aura déjà eu le mérite de m'assouplir sur une vieille vue de l'esprit. Je revois donc ma position, qui était sans doute un peu rigide. Je ne vais pas complètement changer d'avis pour autant, mais simplement "mettre de l'eau dans mon vin" (ou : "différents types de thés dans ma théière en terre" !). D'un autre côté, j'aime que mes théières de Yixing, par exemple, soient consacrées à un type de wulong, pour l'osmose incomparable qui se produit. Et, quoi qu'il en soit, j'apprécie les théières et les accessoires pour le thé, surtout lorsque je m'en sert, donc, avoir plusieurs théières est aussi un véritable plaisir, il faut bien l'admettre.



Ce que j'aime moins, c'est quand ce genre d'affirmation (une théière pour chaque thé) devient un argument purement commercial qui sonne comme une obligation et sert à vendre plus de théières. Aujourd'hui, j'ai au moins la preuve que certaines théières en terre peuvent convenir pour préparer différents types de thé. Comme quoi, rien ne vaut l'expérience directe. Et, je suis contente d'avoir pu assouplir un point de vue, qui de surcroit n'émanait pas de mon expérience personnelle. Le plus drôle, c'est que ce sont les circonstances de la vie qui m'ont poussé sur le chemin de cette expérience, car sans cette kyushu cassée, aurai-je osé remettre en question cette croyance ?



Je me dis souvent qu'il faut éviter de généraliser, puisque chaque cas est unique. De même, diffuser des idées que l'on a pas expérimenté, comporte le risque de s'identifier à des croyances qui ne sont finalement pas les nôtres. S'assouplir intérieurement permet de se rapprocher un peu plus de l'esprit du thé, fluide et libre. Parce que rien n'est plus puissant que les barrières que l'on s'impose à soi-même, et bien souvent de manière inconsciente.


Je suis toujours émerveillée de constater la finesse des enseignements prodigués par le thé.

mardi 1 janvier 2013

De 2012 à 2013

Toute une année de thé s'achève pour donner naissance à une nouvelle année, toujours sous le signe du thé. Des sessions thé en solitaire, des rencontres (réelles et virtuelles), des idées, des illuminations, des réflexions, des hauts et des bas... en un mot : la vie. Mais avec un fil conducteur, une énergie toujours présente, un guide aussi discret que fidèle : le thé. Je profite donc du passage à la nouvelle année pour remercier le Thé, tout simplement. (Je remercie aussi Père Noel qui m'a apporté un nouvel appareil photo qui devrait considérablement améliorer la qualité des images de ce blog !) Et pour continuer dans cet élan, j'ai envie de dire Merci à l'univers dans sa totalité (après tout, pourquoi pas ?).



Débuter l'année dans la gratitude, en compagnie d'un excellent thé me semble de très bonne augure. (Xi Hu Long Jing + marron glacé = vraiment délicieux !)



Bonne Année à toutes et à tous !
Et Merci à tous et à toutes...
A bientôt.