lundi 17 décembre 2012

Inspirations

D'où vient l'inspiration? Comment la créativité opère-t-elle? Cela dépend évidemment des individus, des circonstances, et des moments... Et pour les amateurs de thé, les précieuses feuilles représentent une source d'inspiration infinie. Pour ma part, je réalise à quel point le thé développe la créativité dans de nombreux domaines, et au quotidien. Et c'est vraiment appréciable "d'avoir de l'idée", chaque jour... Les oeuvres inspirées par le thé sont innombrables. Mais je voulais aussi saluer le thé pour les impulsions créatives qu'il induit au quotidien.



Le thé, en éclaircissant l'esprit, permet de se connecter à sa source, de laquelle peuvent émerger les idées spontanées. La pureté et le dynamisme qu'il procure donnent un élan incroyable. Je crois même que boire du thé peut parfois donner de véritables illuminations.

Le thé nous inspire de part son histoire, sa culture et son esprit. Mais il agit aussi en tant que plante, à tous les niveaux de l'être (physique, mental, spirituel...) favorisant un esprit clair et déterminé. Quoi qu'il en soit, de manière très concrète, le buveur de thé peut expérimenter une certaine fluidité dans son corps et dans sa tête, laissant librement circuler la créativité.



En écrivant ces quelques lignes, je pense bien sur aux poèmes, aux peintures, aux musiques inspirés par le thé dans le plus pur raffinement chinois, coréen ou japonais. Ces sources sont intarissables pour ceux qui aiment la culture du thé. Il me vient aussi à l'esprit, un texte de Virgile de la Grange que je dois pouvoir retrouver dans ma bibliothèque.



 Le voici:

Le thé est une boisson qui prédispose à la cordialité. Rien n'est plus agréable pour entamer une conversation, que de se verser une tasse de thé. Il faut croire que la dégustation du thé élève l'âme car on ne sait plus très bien si se sont les mots que l'on prononce ou les pauses silencieuses qui ont le plus d'importance. Le corps se rafraîchit, le corps se détend, la respiration se calme.

Les jambes croisées, la tasse bien calée au creux de la main, il y a comme une douce chaleur qui part du centre de la paume et qui se laisse convoyer, au fil des mots, vers les centres nerveux pour y infuser un soupçon de tendresse et de civilité.

Les peuples les plus coriaces ont observé la pause du thé comme un sacrement et surtout, il a accompagné les gueux comme les princes. Le thé serait-il donc la boisson de la plus parfaite égalité entre les hommes ?

Au salon de thé, on se côtoie, on se frôle, on s'éparpille et revient à soi en une même unité de temps, d'espace et de lieu. L'individuel rejoint le collectif, le rêve épouse la réalité, la chose se fige dans une éternité évanescente, l'évanescence prend des airs d'éternité. Il y a certainement de la Madelaine de Proust dans la verdeur d'une tasse de thé : une récollection de souvenirs, pour prendre un terme cher au plus grand buveurs de thé du monde...

Alors peut-être, au beau milieu d'une gorgée, l'image d'un être cher apparaît, qui s'estompe aussitôt après. Ou l'image de l'aventure : celle d'Alexandra David-Neel sur la chaîne de l'Everest, montée sur une mule et noyant sa solitude dans une tasse de thé fermenté. Ou encore celle de l'un de ces héros de l'Aéropostale qui, après une panne de moteur en plein désert, recueillis par les fameux "Hommes bleus du désert", les Touaregs, pouvait se targuer d'un vrai réconfort, celui de l'hospitalité de la fameuse tasse de thé, encore toute fumante dans nos mémoires de lecteur de Saint Exupéry.

Culture donc. Oui, il y a une culture du thé. Quel grand écrivain n'a pas entrepris son chef d'oeuvre auprès de sa chère vieille et bonne théière ? En portant la tasse à ses lèvres, l'inspiration aidant, l'esprit se laisse entraîner vers d'autres rives, vers d'autres mondes, vers d'autres inconnues...

Seul, ou entouré de ses amis surréalistes, philosophes, hermétistes, malgré le confinement forcé que lui imposait son invalidité, Joe Bousquet aura été pour nous et à jamais ce "Voyageur Immobile" qui fait du thé le compagnon idéal de la littérature et des plus hautes vertus chevaleresques.



Certes, ce texte comporte un côté un peu désuet, mais je le trouve néanmoins très inspiré et peut-être même inspirant. Et il montre le puissant Qi du thé qui peut insuffler l'acte de création, tout en subtilité et délicatesse. De plus, cette énergie a le pouvoir de toucher le coeur de tout un chacun, nous rappelant une fois encore son caractère universel. C'est tout de même extraordinaire, le thé est à l'origine de créations aussi nombreuses que variées. Et cela représente un aspect absolument fascinant pour une "simple" plante.



Le terme "inspiration" convient particulièrement au thé de part son lien avec la respiration à laquelle il apporte plus de profondeur. Et c'est bien le va-et-vient serein des inspirations et des expirations qui permet la connexion à notre créativité. Dans le prolongement du souffle peut naître la création.

Inspiré
En buvant du thé
Créer
Au rythme des respirations



vendredi 14 décembre 2012

Tea Shirt Tree !


In China, I came across a particular tree, with t-shirt shaped leaves, as you can see (look carefully). The first time was in Shanghai... but it was difficult to find some elsewhere although I always made sure to check all the trees around, because I really wanted to find some in the country. I finally met the t-shirt tree again this year, in Zhejiang province, in a tea garden. I have absolutely no idea of what kind of tree it is. But what I know, is I don't get to see one very often.


The t-shirt trees in this tea garden are baby ones, they have been planted less than a year ago, just next to tea bushes. Precisely what I wanted to see : tea and t-shirt trees together !

In winter
Without your t-shirt leaves
You look like the other trees


mercredi 5 décembre 2012

Jingdezhen Tea Jars

I'm testing three new Jingdezhen porcelain jars since a few weeks now. A small celadon one for a Ding Gu Da Fang, a medium sized white one for traditional Tie Guan Yin, and a bigger one for Bai Lin Hong Cha (because the leaves are voluminous).




Firstly, I'm really enjoying the beauty of these tea jars and their decorative effect. It's a simple, yet great pleasure handling them almost every day. Beauty is very important in ones life, it's uplifting for mind and soul. Such objects make tea and tea time even more precious.



But the most important is their impact on tea. And I can't tell why in a scientific way! These porcelain jars just make teas better. And it can be any sort of tea: green, red, wulong... I can always notice the difference in fragrances and aromas. The smell of teas becomes a very subtle delight. So what's the trick? I 'm definitely not sure. Of course, the material is important for everything that touches tea, but concerning the dry leaves, I didn't think it could be so obvious. But after a number of experiences, I'm absolutely convinced. Porcelain, clay and wood really have an important effect on the tea they shelter. To me, this Jingdezhen porcelain is absolutely wonderful because of its delicacy and purity. Bags and tin boxes are not so bad, but nothing really magical happens with them.





Hand made pure and natural porcelain tea accessories have something vibrant, something unique. So it's finally not a surprise if tea is so much better in such a jar. And I'm thinking to myself: no need to know exactly why! Anyway, high quality leaves deserve the best setting.


dimanche 2 décembre 2012

Cérémonies chinoises

Le terme Gong Fu (Kung Fu) évoque tout d'abord la maîtrise, la connaissance par la pratique d'une discipline ou d'un rituel. Il a d'abord été banalisé en occident à travers les arts martiaux chinois. En Chine ce terme revêt une complexité certaine et se teinte de nuances subtiles selon le contexte. Dans le domaine du thé, la notion de Gong Fu sous entend une dimension artistique dans la pratique d'un rituel de préparation du thé. Comme d'autres techniques de préparation, on considère le Gong Fu Cha comme une véritable cérémonie lorsqu'il est pratiqué selon des règles précises et qu'un certain degré de réalisation est présent, dans l'esprit de la Voie. Mais la Voie et ses pratiques restent toujours nimbé de mystère. La tradition se fonde sur la transmission orale qui revêt presque toujours une dimension secrète. Toute cette connaissance ne se montre pas et ne se transmet pas au premier venu. Voilà qui illustre bien la complexité de la pensée chinoise et explique, en partie, qu'elle ne soit pas toujours comprise. Néanmoins, l'apprentissage des cérémonies reste une affaire très sérieuse et demande une rigueur et une détermination à toute épreuve.



Il existe différentes formes de Gong Fu Cha qui résultent des traditions locales et des personnes qui les pratiquent. Ce rituel traditionnel permet la préparation des thés wulong, même si la pratique fut étendue et adaptée à d'autres types de thés. La complexité des techniques fait référence à la complexité dans les étapes de la fabrication des wulong. Les plus connus sont les Gong Fu du Fujian, de Taiwan, et de Chaozhou. Il ne faut pas oublier que ces rituels peuvent être de véritables cérémonies comprenant des codes très précis. Les accessoires utilisés ne sont jamais placés au hasard, de même que chaque geste ne s'opère pas sans raison (le symbolique, le pratique, et l'esthétique). En occident, on constate que la rigueur et l'implication dans la cérémonie japonaise Cha No Yu ont été admises, alors que celles des cérémonies chinoises restent souvent ignorées. Pourtant, des règles bien précises définissent bel et bien un Gong Fu Cha ou toute autre cérémonie. Si elles sont transgressées, on ne peut plus considérer que le rituel soit.


Toute cérémonie de thé demande un entrainement sérieux, une implication totale dans la répétition des gestes pour atteindre la fluidité, le naturel, et la spontanéité. Des années de travail sont nécessaires pour exprimer l'esprit du thé et se libérer de la technique pure qui occupe l'intellect dans les premiers temps de l'apprentissage. Une discipline demande toujours un dépassement de la technique.


J'ai souvent l'impression que la notoriété de la cérémonie japonaise Cha No Yu occulte l'existence des cérémonies chinoises, mais aussi coréennes, qui restent vraiment méconnues. En Occident, la connaissance du thé a énormément évoluée ces dernières années, et on ne peut que s'en réjouir. Il reste toutefois de nombreuses incompréhensions et idées reçues...


Certaines cérémonies chinoises ne sont presque plus pratiquées aujourd'hui, si ce n'est pour leur valeur historique. Celles qui sont pratiquées de nos jours datent souvent de la dynastie Ming,  et expriment un haut degré de raffinement amorcée depuis la dynastie Tang, et développé sous les Song. Tout rituel de thé comporte les dimensions: historique, culturelle, esthétique, artistique et spirituelle. Une simple technique de préparation, aussi importante soit-elle, ne peut être considérée comme une cérémonie en tant que telle. La diversité des cérémonies reflète parfaitement la richesse culturelle et historique de la Chine. On en recense des dizaines qui peuvent être classées selon trois critères: la période historique, la région d'origine, et les populations (y compris la classe sociale). Les plus connues sont:

        Cérémonie Chan
        Cérémonie Taoiste
        Cérémonie des Lettrés
        Cérémonie des Paysans
        Cérémonie Impériale
        Cérémonie de la Noblesse
        Cérémonie Gong Fu Cha
        Cérémonie Wu Wo
        Etc...

Les rituels chinois ont directement donné naissance aux cérémonies coréennes et japonaises (les coréennes ayant aussi beaucoup influencé les japonaises, fait historique pour le moins ignoré). Quant à l'Occident, il découvre tout d'abord le thé totalement en dehors de cet esprit artistique et spirituel. Finalement, c'est par l'intermédiaire du Japon que cette dimension sera mise en lumière aux Etats Unis et en Europe. C'est surement pourquoi son image reste très ancrée dans les esprits. Aujourd'hui, l'essence originelle du thé peut s'exprimer de plus en plus, au delà des croyances anciennes.


N'oublions donc pas que toute cérémonie de thé prend sa racine en Chine, de même que la culture du thé en général. Et cette culture solide, fondée sur plusieurs milliers d'années d'histoire, repose paradoxalement sur la discrétion, l' humilité et le mystère qui font sa force, mais qui peuvent aussi susciter une certaine incompréhension. Les codes utilisés lors d'un rituel évoquent la richesse culturelle et historique, et délivrent toujours un message implicite. La perfection naturelle du geste revêt une importance capitale dans les pays de culture du thé comme la Chine, la Corée et le Japon, même si elle l'exprime de manières différentes.


La connaissance et la compréhension du thé peuvent atteindre de nouvelles profondeurs et offrir de nombreuses perspectives...