vendredi 26 octobre 2012

The Wang family, Tea life in Anhui

In the rural Anhui province, tea is almost everywhere. When you want to meet producers, it's often quite an adventure. In Huang Shan (Yellow Mountains), you can find many gardens, producing different types of green teas. Today, we are going to reach a very hidden place, in the middle of nature. Departure from Tunxi (now called Huang Shan City) very early in the morning.


When we arrive in the mountains, the road is getting extremely narrow and winding. And what if we come across another vehicle ? The chinese driver will make it the chinese way: everything's OK, no worry ! And indeed, we crossed one or two vans, very slowly and carefully because there are only a few centimeters between the two vehicles...


We can know see the village with tea all around. A fresh little river is riding down in the middle of the houses. The air is pure and the light sparkles like diamonds.




Passed this village, no way to continue with the van, no more roads. We need to walk for 2 hours to reach our final destination: a tiny hamlet of 3 or 4 houses.


Tea searching is often athletic and challenging. But seeing these nearly wild tea gardens is a delightful and breathtaking reward. The beautiful nature here is literally vibrating under the sun.



Can you just imagine people's lives here ? Some of them live at 2 or 3 hours from the small village. They stride across the mountain when the tea buds are ready to be picked, and so on... We should always think of those who work so hard to make good tea.


The path is narrow and sinuous. The climbing under hot and clear mountain sun is refreshed by the sound of running water and the delicate, tender green buds, while bamboos look like feather fans. Nevertheless, I hope we will reach the Wang's house some day !


After about one hour of walking, here's a house, is it the right one ? No it isn't. We need to continue, at least one hour more.




We are finally not far from the top now (well, not quite). We can notice Mr Wang who's waiting for us. Great ! Let's follow him to the house, made of local clay (not surprising!).



The weather is really hot now, so entering this very cool house is a great relief. Mrs Wang immediately prepares fresh green tea for us, and it feels like heaven.


Here, farmers produce Huang Shan Yun Wu (cloud and mist), or Tun Lu (green gold), which are very affordable, yet high quality teas. Grown in such conditions, tea brings so much energy and positivity. It not only holds the vibration of the place, it's also marked by the farmers one. These teas are pure and simple, just like honest people, they have nothing to hide.


The Tun Lu we are drinking now is very green, with a fruity after-taste. It was absolutely what we needed. Mrs Wang's lunch is about to be ready (11pm).


Such a nice meal, with all sorts of healthy and fresh dishes. Simple and delicious. Chinese meals fulfill all the senses.


The Wang family is so generous and spontaneous. They share very precious moments with us. They show a deep understanding of nature. A little couple of sparrows have made their nest in the living room.


After the meal, Mr Wang takes us to the factory behind the house. The family shares the tea processing machines with a few other farmers.



Some engines are very old, while others are more recent. The whole place has a quiet, mysterious and peaceful atmosphere.



Unfortunately it's going to be time to leave this fabulous place and family because of the journey we still have to do to go back...



My daughter is asleep when it's time to leave. Well, I just have to carry her like a big bag of tea and experience the every day duties of people who live here !


Back to the village and its beauties. The van is waiting for us, we are a bit late on the schedule. It seems I could stay here for ever: such an authentic, wild and calm place.



My heart is full of joy, my whole being is in a peaceful mood. I just want to thank the Wang family for their welcoming and their precious simplicity which is the essence of tea spirit.

lundi 15 octobre 2012

Jours d'automne

La saison des jours qui se font plus courts, des arbres aux couleurs flamboyantes, de la luminosité tantôt scintillante, tantôt sombre. Une période de l'entre-deux, parfois éprouvante, qui donne souvent l'envie de s'intérioriser, lorsque le temps est à la pluie, ou au contraire le besoin de s'extérioriser les jours de grand soleil, réminiscences estivales toujours agréables.


Je trouve l'automne tellement poétique. C'est une saison qui invite à la créativité, à l'appréciation des choses en demi teinte, à la relativisation.

Composé dans le studio

à la fenêtre à l'ouest le soleil a dépassé midi
j'ai faim, je m'assieds les yeux brouillés
je prends un pinceau et calligraphie un petit poème
l'encre a séché, les caractères sont penchés
en un bref instant déjà ils remplissent une feuille,
voletant comme des corbeaux dans le vent
bien que je n'ai nullement l'autorité des anciens,
ma simplicité et ma maladresse ont fini par former un style
j'ai beau savoir que la pluie s'infiltre dans les murs,
je n'ai pas honte de dessiner dans le sable avec une badine
soudain on m'annonce que le repas de haricots est prêt
je pose mon pinceau, ma joie est sans borne
j'appelle un garçon, qu'il aille ramasser du bois mort au bord
     du torrent
pour goûter le thé domestique qui pousse sur la montagne

Lu Yu (poète, 1125-1210)


On commence à avoir envie (parfois même besoin) de thé plus chaleureux, de même que dans nos assiettes, on laisse naturellement une place de choix aux différentes courges réconfortantes, aux plats nourrissant, etc... Un dimanche après-midi pluvieux, un thé rouge de Qimen accompagné d'un bon gâteau au chocolat représente un bonheur simple, infiniment satisfaisant. Que demander de plus ?


L'automne permet de se préparer aux rigueurs de l'hiver; le thé est un allié précieux puisqu'il nous aide à nous purifier, nous dynamiser, ou nous détendre. En cette "demi-saison", on peut bénéficier de toutes les familles de thé, selon les conditions extérieures, mais aussi, intérieures. En médecine traditionnelle chinoise, c'est la saison du poumon. Soutenir cet organe, tout simplement par la respiration, permet une oxygénation revitalisante. Cette période est considérée comme un passage du Yang au Yin. C'est pourquoi il est intéressant de varier les différents types de thé, au quotidien.


Pour le théier, l'automne est aussi le moment de se préparer pour le repos hivernal. Une petite taille est de rigueur. Dans certains jardins, elle est effectuée de manière complètement manuelle, mais le plus souvent, on taille à l'aide de ciseaux spécifiques, ou encore avec une petite machine (qui donne aux buissons une forme très régulière). On peut dire que cette période prépare le terrain pour l'hibernation du théier.


Vivre au rythme des saisons, tel un théier serein et inébranlable, c'est vivre le cycle de la vie, sans faire de vagues.

mercredi 10 octobre 2012

La Voie du Thé

Historiquement, le thé est rattaché aux rituels religieux, depuis les temps anciens. Il est utilisé comme offrande depuis sa découverte. Le développement du thé en Chine, puis en Corée et au Japon, ne peut s'appréhender en dehors de ce lien spirituel historique.

  Encore aujourd'hui, le thé est considéré comme une Voie de réalisation pour l'être humain. Sa vibration particulière et absolument unique touche directement le coeur des hommes. Aucune autre plante ne connait un parcours aussi singulier et universel. Toutefois, lors de sa découverte par les occidentaux, il fut totalement coupé de sa racine originelle, et donc de sa dimension spirituelle. Il aura fallu du temps pour que la nature profonde du thé s'exprime, ne serait-ce qu'un peu, dans le monde occidental. L'idée de Voie du thé reste encore méconnue.



La notion de Voie prend sa racine dans la Chine taoïste ancienne. Le thé représentait le lien avec la nature et était considéré comme un élixir de longévité, symbolisant la vie éternelle, et s'associant naturellement à la Voie. Mais pour les chinois, la Voie ne peut s'exprimer par les mots, même les plus savants. Elle revêt donc un aspect fort  insondable. En bref, on ne peut parler de la Voie (Dao) : "Voie que l'on énonce n'est pas la Voie véritable" disait en substance, Lao Zi. La pratique de la Voie du Thé en Chine reste nimbée de mystère, puisqu'on en parle pas. Il faut bien comprendre cela pour s'apercevoir de toute la subtilité de la pensée chinoise. La version japonaise comprend une dimension plus visible, puisque la Voie (Do) peut être une pratique souvent très codifiée (et elles sont nombreuses) que l'on montre, et dont le niveau de réalisation est quantifiable. La forme coréenne insiste sur l'implication quotidienne, la liberté, la fluidité. Malgré ces différences culturelles, l'esprit du thé reste toujours le même.




La Voie du thé s'est nourrit des courants traditionnels chinois taoïstes, confucianiste et bouddhiste. Et c'est en relation avec le bouddhisme chan, qu'elle se propage plus encore en Chine, en Corée et au Japon. On ne peut pas ne pas évoquer ici, la légende de la découverte du thé par Boddhidarma, premier patriarche du chan (zen en japonais, seon en coréen) qui s'était coupé les paupières après s'être assoupi en méditation assise, alors qu'il s'était juré de ne pas dormir pendant la totalité de la durée de son ascèse... Les paupières au sol avaient donné naissance à de mystérieux buissons: des théiers... En goûtant les feuilles, il s'aperçut qu'elles avaient le pouvoir de tenir éveillé. Bien que cette histoire soit une légende, elle montre bien ce lien privilégié entre chan et thé, depuis le commencement. En Chine, on dit: "thé et chan sont un".


La plupart des grands crus chinois sont liés au Bouddhisme. Souvent parce que un ou des moines sont à l'origine de leur culture et de leur fabrication. Le thé s'est imposé comme un allié puissant pour la santé globale de l'homme et pour soutenir les ascèses spirituelles les plus rigoureuses. Il est la boisson de l'éveil qui permet de garder un esprit clair et affuté, un corps pur et sain. C'est pourquoi les moines ont cultivé cette plante avec une grande implication. Concrètement, dans les temples, le thé est certes utilisé comme une offrande, mais il est aussi servi de manière rituelle, chaque jour. Il existe de nombreux exemples connus pour illustrer le lien entre Bouddhisme zen et thé (les personnages célèbres du thé pratiquent le zen, et inversement, etc...) donc, inutile que je radote cela ici. Aujourd'hui dans certains temples chinois et coréens, la vie des moines s'articule entièrement autour du thé.


La Voie du Thé reste une pratique quotidienne, dont l'esprit se vit à chaque instant. Certes, l'esprit de la Voie s'exprime à travers les cérémonies et l'art du thé. Mais il s'exprime aussi chaque jour, à travers chaque action, même la plus banale. Celui qui s'engage dans la pratique vise la réalisation de lui-même en utilisant le thé comme support. La préparation du thé devient alors un exercice spirituel. Les accessoires sont comme le prolongement de soi, et les gestes s'accordent tranquillement au rythme des respirations. Il faut une implication totale. Pour favoriser la concentration et le silence intérieur, on ralentit sa gestuelle et on tente de ne faire aucun bruit superflu. Attitude qui doit se prolonger dans toute action quotidienne.


De même que la Voie est ouverte à chacun, chacun est tenu d'observer l'esprit de la Voie. A partir du moment où l'on est engagé dans une pratique, il faut en respecter les principes. Le thé se pratique donc comme une méditation classique. Et c'est cette pratique de la méditation qui ouvre une profonde compréhension de soi-même, de la vie, de l'univers... En regardant à l'intérieur de soi, on trouve une juste discipline, et on observe  naturellement les principales vertus du thé:

Harmonie 
Respect
Pureté
Silence

Quelle que soit la forme de la Voie, quelle soit visible ou discrète, ses vertus restent les mêmes. Qu'elles s'expriment lors d'une cérémonie ou dans la vie quotidienne, elles induisent d'autres valeurs, comme l'humilité, la tolérance, la souplesse, la sérénité, la bienveillance...


C'est dans cet esprit de tolérance qu'on considère que les gens du thé forment une seule grande famille, partageant les mêmes valeurs. Ce lien puissant peut aussi être perçu sur le web. Internet permet d'étendre l'esprit du thé. Il faut avoir conscience de ce lien, même virtuel, pour en maintenir l'équilibre.


La cérémonie chinoise Wu Wo (sans égo) célèbre cette union des gens du thé. Elle permet de donner et de recevoir, sans jugement aucun, à travers la préparation du thé. Cette cérémonie silencieuse dévoile en toute simplicité la quintessence de l'esprit du Thé et de la Voie.

Lorsqu'on pratique le thé dans l'esprit de la Voie, on ne convoite rien, on ne s'attache pas aux désirs. En revanche, on recherche le vide, la non pensée d'où peut émerger notre nature originelle. Finalement, il n'y a rien de mystique dans tout cela. Il s'agit d'un cheminement intérieur, d'une voie que l'on suit pour se réaliser, au delà des croyances, des habitudes et des modes de pensée. 


Je vais maintenant cesser de tenter d'exprimer l'inexprimable. Sinon, Lao Zi va réellement finir par se fâcher !

mardi 2 octobre 2012

Lu Shan Yun Wu

The 2012 spring harvest of Lu Shan Yun Wu is simply beautiful. The before Qing Ming one is an absolute treat. Lu Mountain is famous for its natural beauty and its mysterious misty landscapes. The mist blankets appear all around the year, keeping the tea trees in a soft and pleasant humidity. But Lu Shan is also known for its cold winter weather (sometimes, tea trees get to freeze!), and its fresh spring winds. The average temperature in this part of Jiangxi province is around 12°C. Leaves and buds always stay quite thin and small. And they often look a bit irregular because of the great difference between day and night temperatures. The "terroir" is rich, and water element is very present. Artists of all times celebrate the beauty of Lu Shan.





The rainy-stormy weather today seems really fine to brew this tea. Because Lu Shan Yun Wu has something warm and comforting, compared to most green teas. The dry leaves offer a deep green color with silvery shimmer. The very delicate down is not easily visible on the dry leaves, but when you brew, you can see it in suspension in the water.



I usually brew this tea like other chinese green teas, in a zhong or glass, but today, I'm going to prepare it in a little porcelain tea pot. No matter the way you choose to brew LSYW, it always seems a bit strong in the first place. But it reveals in the second place, a sweet and soft fruity taste. The texture is velvety and soothing, almost like maple sirup or something like that. It seems the after-taste can last for ever, if you don't eat anything else after. Speaking of eating, LSYW is great associated with coconut custard tart (made from coconut milk). You can brew the same leaves quite a couple of times, which is not always the case with before Qing Ming green teas.




This tea gives a deep heart-warming sensation. It brings smooth stimulation to the body and mind, in the most delicate way. I wouldn't say LSYW is a relaxing tea, yet it's vibration is serene and peaceful. To me, this tea is perfect in any situation (special or not) because it simply gives a real good mood feeling (which can be very useful sometimes!). Some teas appear to be suitable to any situation, as some are more likely to be appreciated in specific moments. Although the weather or seasons impact our choices, there are no particular rules. Our body usually knows what's good for us, and is naturally attracted by the tea we need. We should always listen to our intuitions... and follow them ( not so easy to do).



Tea is all about peace and freedom. With a clear mind, we can make the right choices. When I drink a genuine tea like Lu Shan Yun Wu, I'm absolutely sure it's making me healthy, happy, and serene. People should never forget to trust themselves to find the right tea, and make their own experience of it.