jeudi 24 avril 2014

Chine : quelques nouvelles des thés verts nouveaux

Comme chaque année, la période des premières récoltes annonce le renouveau et suscite l'attente du côté des amateurs. En Chine, ce sont surtout les thés verts qui sont attendus lors des toutes premières cueillettes. Pour les paysans du thé, ce moment de travail intense représente un enjeux capital, puisque ce sont les thés récoltés avant Qing Ming qui seront vendus au meilleur prix (mieux vaut qu'il ne soient pas ratés !). Les aléas de la météo restent la préoccupation principale parce que, comme chacun le sais, le thé est un produit de la nature. De mauvaises conditions météo peuvent tout simplement compromettre la qualité du thé. Ainsi, les producteurs surveillent le ciel, les vents, l'humidité, avec l'espoir que les meilleures conditions soient réunies pour obtenir des thés de haute qualité.



Dans le triangle d'or des thés verts chinois (situé sur les provinces de Anhui, Zhejiang, Jiangsu et Jiangxi), l'hiver a été plutôt froid (ce qui est toujours une bonne chose), avec un épisode très froid et neigeux à la fin du mois de février et début mars, causant aux producteurs de thé une certaine inquiétude. Heureusement, cela n'a pas duré, et un temps particulièrement clément s'est installé. Les toutes premières récoltes ont donc débutées très tôt, aux alentours du 15 mars. Globalement, les conditions climatiques de 2014 ont été favorables pour les thés récoltés avant Qing Ming (Fête de la Pure Lumière, aux alentours du 5 avril). Les récoltes d'après Qing Ming s'annoncent aussi très bien, ce qui n'était pas le cas l'année dernière, puisqu'il y avait eu de fortes pluies (notamment dans le Zhejiang) jusqu'au 15 avril environ.



Les grands crus de thés verts sont très demandés sur le marché chinois, mais leur quantité reste toujours fort limitée. Dans les jardins prestigieux, seule la récolte de printemps est effectuée, souvent sur une période de deux à trois semaines (ainsi les théiers ne sont pas surexploités et ne donnent que le meilleur une fois par an. Cela permet aussi d'éviter le recours aux produits phytosanitaires). Et ces thés se vendent très rapidement ! Les amateurs chinois sont prêts à y mettre le prix, d'autant qu'il y a vraiment un regain d'intérêt pour les thés verts depuis quelques années (dans certaines parties de l'Est de la Chine, la mode des Pu'Er a tendance à s'essouffler).



Un phénomène est aussi a prendre en compte ces dernières années: certains paysans, dans les lieux de production célèbres (Long Jing, Bi Luo Chun...) fabriquent désormais des thés rouges pour plaire aux palais des touristes occidentaux, réduisant encore les quantités disponibles. Il faut dire que tous les producteurs ne jouissent pas d'une renommée extraordinaire, et que cela leur permet de vendre une partie de leur production à de meilleurs prix. Aussi, dans la province de Zhejiang, il devient de plus en plus difficile de trouver certains crus locaux dans leur version Ming Qian (premières cueillettes de l'année). C'est le cas pour le Qing Ding de Tianmu Shan par exemple. En effet,  dans ce merveilleux lieu de production (à environ 130km de Hangzhou), on va d'abord fabriquer du Long Jing avec les premières feuilles récoltées parce que la demande demeure très forte pour ce thé. Donc, beaucoup de Tianmu Qing Ding sont fabriqués plus tard (période Gu Yu). Et puis, cela soulève encore et toujours le problème du cru fabriqué en dehors de son terroir d'origine.



D'autre part, les grands crus cueillis avant le 5 avril ne sortent habituellement pas du territoire chinois, surtout ceux produits par des paysans particulièrement talentueux et reconnus. La seule manière de s'en procurer reste bel et bien de se trouver au bon endroit et chez le bon producteur, suffisamment tôt pour avoir le choix entre telle et telle cueillettes, effectuées à quelques jours d'intervalle et pourtant si différentes ! Chaque année, dans les instituts de thé, les spécialistes se réunissent pour goûter et juger les nouvelles productions des paysans. Les notes attribuées aux différents thés présentés déterminent les prix qui seront pratiqués, et influencent grandement la réputation des producteurs.


La finesse et la grande vitalité qui caractérisent les thés verts Ming Qian de qualité restent inimitables. C'est aussi pour cela qu'ils sont les plus recherchés, car selon les critères des spécialistes chinois, un thé vert de haute qualité doit offrir la beauté, la fraîcheur, et la délicatesse. En revanche, ce n'est pas parce qu'un thé a été cueilli avant la Fête de La Pure Lumière (Qing Ming) qu'il est forcément bon.


En cette année 2014, je suis particulièrement heureuse de constater qu'il y a de plus en plus jeunes cueilleuses dans les jardins de thé. En effet, ce travail difficile et demandant un savoir-faire précis peut rebuter les jeunes générations qui préfèrent souvent tenter leur chance dans les grandes villes. Mais finalement, rien n'est jamais joué en Chine, et on peut être surpris par la tournure que les choses prennent. Il est important que le thé reste cueilli à la main par des personnes qualifiées et motivées...



Cette année encore, il se vendra deux fois plus de thés Ming Qian qu'il ne s'en produit ! Phénomène que l'on peut déplorer, mais qui reste très courant dans le thé. Un amateur éclairé devrait toujours en avoir conscience.


Globalement, les producteurs sont satisfaits cette année, aucun problème majeure ne s'étant présenté. Et c'est tant mieux, nous allons pouvoir profiter de toute la fraicheur printanière de thés verts de grande qualité pour recharger nos batteries ! En effet, les Chinois considèrent que les premiers thés verts de l'année sont très chargés en propriétés pour la santé, et qu'ils permettent de se purifier et de se revitaliser. Mais attention, ils disent aussi que consommés en trop grande quantité, ces thés, grâce à leur action drainante sur le foie, risquent de faire sortir de ou trois boutons ! Et c'est vrai, je peux en témoigner.


L'ambiance qui règne dans les jardins de thé au moment des nouvelles récoltes est joyeuse, fraîche et ensoleillée, légère et empreinte de dynamisme. Le travail s'effectue dans la concentration et la sérénité. Et bien qu'il soit difficile, la joie et les rires remplissent l'atmosphère. Les azalées, magnolias, camélias rouges, et autres bijoux floraux illuminent les camaïeux de verts tendres offerts par la nature.  La renaissance, les théiers qui bourgeonnent, le chant des oiseaux au petit matin,  les brumes traversées d'une douce lumière : en un mot, le printemps.

samedi 19 avril 2014

Le Qi du thé ?

Le Qi du thé est une notion qui semble revenir assez fréquemment sur la toile, et bien souvent, il existe une certaine incompréhension ou une méconnaissance à ce sujet. Tout d'abord, je crois qu'il est important d'essayer de comprendre cette notion avec son intellect. Tentons de trouver une définition simple, bien que la question soit complexe et pleine de subtilités. En Chine (et dans d'autres pays d'Asie), le Qi est le souffle qui anime l'univers et la vie. Il est présent dans toutes les manifestations de la nature (dans le thé, bien sûr). Donc dans la pensée chinoise, pas de Qi, pas de vie. Le terme Qi reste extrêmement difficile à traduire, mais, pour que les Occidentaux puissent comprendre, le mot énergie pourrait convenir, bien qu'il n'existe pas d'équivalence exacte, et que finalement le terme souffle reste plus approprié. Le Qi est donc un principe fondamental et universel, animant et reliant toute chose, et toujours en mouvement. En Chine, que ce soit dans la médecine, dans la géomancie (feng shui), dans l'art ou dans la vie quotidienne (etc), l'idée première est de favoriser la circulation du Qi pour créer l'harmonie. Précisons aussi que les Chinois distinguent différents types de Qi, ou disons plutôt qu'il existe des nuances. La notion de Qi est présente dans les trois grandes formes de sagesses chinoises, à savoir : Taoïsme, Bouddhisme, Confucianisme.



La notion de Qi, et toute la perception de l'univers qui va avec, est un axiome auquel on peut adhérer ou non. En Chine, il est profondément ancré dans la culture et la pensée. Si l'on n'admet pas l'existence du Qi, on ne pourra le voir dans le thé, ni dans rien d'autre d'ailleurs.




Personnellement, l'observation de la nature, des phénomènes de la vie, ainsi que l'observation de mon propre souffle m'ont naturellement conduit à adhérer et à admettre la notion de Qi, qui d'ailleurs m'apparait d'une logique implacable. Il est fondamental de savoir si l'on est en accord avec ce concept car cela va déterminer notre manière de voir les choses et notre avis sur la question. Inutile de chercher quoi que ce soit de surnaturel dans tout cela, il suffit simplement de comprendre et de savoir se positionner.



J'ai remarqué que certains, à travers les blogs, parlent du Qi du thé. Mais bien souvent, j'ai l'impression que ce fameux Qi n'est ni ressentit, ni perçu par la plupart des buveurs de thé. La notion semble plutôt floue, et il est justement difficile de connaitre le positionnement de ceux qui en parle. Et finalement, cela n'a rien d'étonnant, puisque la plupart des gens ne savent pas reconnaître le Qi, qui se trouve en tout et partout. Car, en réalité, il faut une bonne dose de sensibilité pour percevoir ce souffle universel. En effet, celui-ci peut-être infiniment subtile. Certaines pratiques, comme la méditation, les arts martiaux, etc, permettent de renforcer notre capacité naturelle de pouvoir capter le Qi.



Alors, plutôt que de penser que tel ou tel thé n'a pas de Qi, ne vaudrait- il mieux pas commencer par  se demander si l'on a soi-même la capacité de le percevoir. Premièrement, pour reconnaître le Qi, il faut déjà être en accord avec son existence. Ensuite, il faut adhérer à la réalité présente, sans concession au mental, aux turpitudes de l'intellect et de l'ego. L'humain peut facilement percevoir le Qi en toute chose lorsqu'il se débarrasse de tous ses artifices. Corps, esprit et coeur doivent être calmes et apaisés pour ressentir le Qi... D'autre part, tous les thés ne dispensent pas le même type de Qi. Pour percevoir ces nuances, il faut de l'entraînement.



Il y a un phénomène assez logique, facile à observer : le Qi est surtout perceptible dans les thés ayant poussé dans des lieux où la nature règne en maître et ayant été traités avec soin et respect (de la cueillette à la fabrication).  Pour s'entraîner à ressentir le Qi, il y a différentes manières, mais avec le thé, mieux vaut choisir les bonnes feuilles, celles qui offrent une grande vitalité. Le thé est une plante, et comme toute plante, elle possède une énergie qui lui permet d'exister. Cette énergie va interagir avec la personne qui absorbe ladite plante, qu'elle en soit consciente ou pas. Par ailleurs, certaines plantes présentent un Qi tout à fait particulier, et c'est bien le cas du thé. Pour le constater, il suffit de penser par exemple à son histoire, à sa place dans le quotidien des humains à travers la planète, etc...



Un compte rendu analytique sur la dégustation d'un thé, avec  description olfactive, gustative, visuelle, reste un exercice intéressant et formateur lorsque celui-ci ne devient pas une pure masturbation cérébrale, à mon humble avis. Quoi qu'il en soi, ce genre d'exercice ne permet pas de percevoir le Qi. L' approche physique utilisant le corps et les sens se transforme peu à peu en un véritable travail qui va favoriser la perception du Qi : d'abord la sensation visuelle, puis olfactive, et la sensation en bouche, dans la gorge, ensuite la sensation de la liqueur qui descend dans le corps, qui entre en contact avec les organes, et qui pénètre dans chaque cellule. Uniquement la sensation pure, le sentiment qui se dégage du contact entre la liqueur et soi. Là, il ne s'agit absolument pas de déterminer si le goût ou le parfum semblent évoquer telle ou telle référence déjà cataloguée dans notre mémoire. Au contraire, il s'agit de faire abstraction des étiquettes. C'est à ce moment là que l'on peut ressentir le Qi du thé.



Le Qi du thé se manifeste dans le corps, de manière plus ou moins évidente. Il passe tout simplement par les méridiens et les centres énergétiques. Lorsqu'il est puissant, il vous traverse, vous purifie et vous ouvre le coeur. C'est comme une vibration qui élimine toute fausse note. Je crois qu'en développant son esprit d'observation, on arrive a voir les effets du Qi du thé sur soi-même, sur sa vie, sur le court et le long terme... Une chose est certaine, cela vaut la peine de creuser le sujet avant d'en parler.

vendredi 24 janvier 2014

"La grande Voie n'a pas de porte" Wumen, maître zen (1183-1280)

La pratique du thé enseigne à vivre l'instant présent lorsque le souffle guide les gestes liés à la préparation.



Le thé est le prolongement de nous-même, et agit comme un miroir.

Le thé permet de faire l'expérience de l' UNITE, en étant pleinement absorbé dans ses gestes et dans le moment présent.



La Voie du thé aide à se révéler à soi-même, tout simplement.

jeudi 9 janvier 2014

Simplicité


On entend de nombreuses personnes affirmer que la préparation du thé en vrac est compliquée. Voilà un cliché qui a la peau dure. Il faut dire que d'un côté, il y l'image du thé "à l'anglaise" préparé à l'aide d'une horrible boule métallique et franchement peu pratique...  D'autre part, et au-delà de ce stéréotype, il peut être difficile de s'y retrouver entre tous les accessoires liés à la préparation, les températures, les temps d'infusion, etc... Parfois même, des personnes expérimentées et fort bien équipées pour le thé compliquent aussi sa préparation. Peu importe les raisons, à un moment donné, il est nécessaire d'oublier tout cela pour se libérer des carcans, faire le point, et aller à l'essentiel.



L'une des vertus du thé est la simplicité, et voilà bien une notion importante pour appréhender la préparation de ce breuvage. Les maîtres de thé du passé ont tous insisté sur cette notion de simplicité, que le novice ou l'amateur d'aujourd'hui peuvent parfaitement s'approprier. On peut très bien réussir la préparation du meilleur thé qui soit avec un minimum d'ustensile, et sans aucune contrainte. Par exemple, pour la plupart des thés chinois, un simple verre (ou tasse, ou bol...) et une bonne eau chaude suffisent. Inutile donc de mesurer le dosage, la température, ou le temps d'infusion de manière scientifique à chaque dégustation. Il faut avoir l'audace de se contenter de peu (cela permet aussi de mieux apprécier ce que l'on a) et savoir lâcher prise. Souvenez-vous des célèbres paroles de Sen No Rikyu :

Le thé n'est rien d'autre que ceci:
Faire chauffer de l'eau, préparer le thé,
Et le boire convenablement.
C'est tout ce qu'il vous faut savoir.



De plus, en certaines circonstances, savoir faire preuve de dépouillement peut s'avérer extrêmement pratique. En voyage par exemple, il suffit d'avoir avec soi de bonnes feuilles de thé. Car on trouvera toujours une tasse et de quoi faire chauffer l'eau ! Il faut être pragmatique, parfois. Cela rend bien service, et permet de vivre la simplicité au sens le plus stricte du terme. En faisant l'expérience de la simplicité, on prend alors conscience que l'on complique les choses bien trop souvent.



L'amateur de thé aime les nombreux magnifiques objets qui permettent de préparer cette boisson dans les règles de l'art. Mais il peut aussi apprendre à les apprécier avec simplicité et humilité. Parce que la simplicité doit aussi pouvoir s'appliquer lors des préparations de thé les plus codifiées, ou utilisant des accessoires sophistiqués. L'important est d' être simple.

Fabrication et dégustation de Long Jing devant la maison, à même le
trottoir, en toute simplicité. (Mei Jia Wu)

Oui, le thé est une affaire simple, il suffit de bien vouloir le comprendre. Que l'on soit complètement néophyte ou expérimenté n'y change rien. La simplicité n'exclue pas le raffinement, c'est un état d'esprit qui se cultive. L'essentiel, pour reprendre les paroles de Rikyu, est encore de boire le thé convenablement, c'est à dire avec un esprit libre et concentré, en complète adhésion avec l'instant présent, et en toute simplicité.




jeudi 2 janvier 2014

De 2013 à 2014


Le passage d'une année à une autre amène bien souvent à l'introspection, à faire une sorte de bilan qui conduit à la prise de ce que l'on appelle communément des résolutions. Pour être honnête, je ne prends jamais de résolution en cette période de l'année. Néanmoins, je me repasse rapidement le film de l'année écoulée. Si j'emploie le terme rapidement, c'est parce que je trouve que les années passent comme des flèches, lorsque je regarde en arrière. Il en est ainsi quand on ne s'ennui pas ! 2013, une année fort chargée, donc.

Vous prendrez bien une "petite" tasse de thé ?
Photo prise à Xiamen (Fujian), qui, pour info, est la ville chinoise qui compte
le plus de boutiques de thé.



Si je devais prendre une résolution pour 2014, ce serait de trouver plus de temps pour m'occuper de ce blog, terminer les brouillons qui restent inachevés, faire des séances photos, trier les photos, etc... Parce que mine de rien, cela prend pas mal de temps de travailler sur un blog, mais cela représente aussi beaucoup de plaisir et d'enrichissement. Une fois de plus, il ne faut pas se laisser happer par les nombreuses occupations du quotidien, et se botter les fesses pour se discipliner un tant soit peu... Alors, ma résolution sera plutôt, ne pas me laisser déborder !

Un sublime Rou Gui de WuYi Shan pour commencer l'année en beauté.


Je souhaite à tout un chacun une excellente nouvelle année, pleine de nouvelles découvertes sur la Voie du Thé. Et que les vertus du thé nous guident et nous inspirent chaque jour.

Jardin de thé à Mei Jia Wu (Zhejiang).

HAPPY NEW YEAR !!


vendredi 13 décembre 2013

Du thé pour Noel

Offrir du thé ? A première vue, une bonne idée. Je dirais même qu'à bien des égards, un cadeau de thé représente une excellente idée. Néanmoins, quelques précautions s'imposent. Tout d'abord, on offre généralement du thé à une personne qui aime le thé. Mais "aimer le thé" est une notion très vague, et il s'avère primordial de connaître les goûts de la personne visée pour réussir son coup. L'exemple le plus frappant de cadeau raté reste l'assortiment de thés aromatisés à quelqu'un qui ne boit que des crus natures. Choisir des thés de qualité est le minimum que l'on puisse faire, surtout si l'on s'adresse à un amateur averti. Et puis, ne pas oublier l'intention. Car on a beau s'excuser en disant que "c'est l'intention qui compte", quand un cadeau tombe à plat,  il se peut alors que l'on ai pas mit une attention suffisante dans l'intention ! La principale précaution à prendre reste donc de choisir en toute conscience, et avec un minimum de réflexion.

Le cadeau de thé doit être plein de finesse, de compréhension et de délicatesse. Celui qui reçoit le présent devrai pouvoir non seulement prendre du plaisir à déguster le ou les thés en question, mais aussi profondément se sentir compris. Le thé offert peut aussi avoir un effet révélateur ou donner de nouvelles perspectives à celui qui le reçoit. Offrir du thé reste un plaisir du partage qui reflète le respect et l'empathie. C'est presque un art à part entière. Au delà du matérialisme ambiant, le thé et même tous les accessoires qui vont avec, permettent de faire des cadeaux judicieux, qui symbolisent à la fois la beauté et l'utilité. Choisis avec coeur et sincérité, ils apporteront toujours une note de raffinement dans le quotidien.

En cette fin d'année, alors que la frénésie de consommation atteint son paroxysme, pensons à mettre en avant les valeurs simples et authentiques que le thé procure. Car, le thé véhicule justement le partage et la paix, tout comme l'authentique esprit de Noel.


vendredi 22 novembre 2013

Méditation, préparation du thé

Bien qu'il soit fort difficile de parler de méditation, je vais quand même le faire. En la matière, rien ne vaut une expérience directe. Et c'est justement parce que le thé peut conduire à vivre cette expérience que je voulais en parler. Je dirai même que son intérêt premier réside bien là. La dimension spirituelle du thé n'est finalement que très peu considérée en Occident, où elle est même parfois déformée ou mal comprise, quand elle ne sert pas carrément de gros égos en mal de reconnaissance. Il ne suffit pas de se draper d'une pseudo aura de grand gourou pour jouer les maîtres de thé (mais enfin ça, c'est une autre histoire). En Chine, en Corée et au Japon, le thé porte des valeurs spirituelles liées au Bouddhisme Chan. Et il n'y a rien d'inaccessible ou de mystérieux dans cette approche. Au contraire, c'est tout simplement naturel, concret et limpide. On parle de méditation et non de divagations créées par le mental. Bien entendu, chacun reste libre d'explorer cette dimension, ou pas.

Minuscule temple dans un village de montagne où le thé est au coeur de la vie
des habitants.
(Huang Shan, Anhui)


Pour soutenir la réalisation de soi, on peut pratiquer la méditation assise. Mais cela ne suffit pas, si l'esprit de la méditation ne se prolonge pas dans les activités de la vie. La culture de la pleine conscience doit donc faire partie du quotidien. Et la préparation du thé se prête particulièrement à la méditation dans l'action. Travailler la présence à soi-même devient alors une constante naturelle et évidente, grâce à l'esprit du thé. En effet, même sans s'en rendre compte, la préparation de ce breuvage incite à l'élaboration d'un rituel qui conduit à cultiver une certaine qualité de conscience. Lorsque l'on met l'intention juste dans sa pratique du thé, on travaille sur son être profond avec spontanéité.



Le thé est La boisson de la méditation depuis les temps anciens. On comprend aisément pourquoi, puisqu' il permet de garder un esprit vif et clair, il dynamise le corps et apporte du réconfort. Bref, il soutient l'ascèse. Il évoque aussi la sérénité et la paix. D'autre part, la préparation du thé est un art qui représente une formidable occasion pour travailler sur soi, mais aussi sur la lenteur, la fluidité du geste, la concentration, la beauté, le silence... On agit sur ce qui se trouve à l'intérieur de soi, lorsque l'on manipule les objets du thé avec précaution et délicatesse. Si à cela, on ajoute une attention particulière à l'observation du va et vient de son souffle, on entre dans la méditation, telle qu'elle est enseignée et pratiquée dans toutes les écoles bouddhistes.



Concrètement, pour mettre en application une méditation dans l'action, il suffit de s'inspirer des consignes de la méditation assise. Il faut tout d'abord considérer l'aspect physique, car le positionnement du corps va aider à calmer et discipliner le mental. La colonne vertébrale doit être bien droite (mais pas raide), la tête dans le prolongement de cet axe, digne et souple. Tous les muscles sont  détendus (ceux du visage aussi). La posture reste extrêmement importante pour que les mouvements liés à la préparation du thé soient harmonieux et que l'esprit soit serein. Il faut aussi judicieusement préparer tous les accessoires dont on aura besoin pour la préparation du thé. Lorsque tout est prêt, au son de la bouilloire, on peut tranquillement s'absorber dans le va et vient de sa respiration, et laisser les pensées (qui ne manquent pas d'arriver) pour ce qu'elles sont, sans s'y accrocher. Devenir simple spectateur de son mental grâce à la force de la concentration. Le silence extérieur favorise bien sûr la quiétude intérieure. Il est donc important de s'occuper du cadre dans lequel on pratique, mais cela ne doit pas non plus représenter un frein. Car peu importe les circonstances extérieures lorsque l'on est motivé.


Dans cet état de pleine conscience, la préparation du thé peut commencer. La lenteur favorise toujours la concentration. Les accessoires deviennent le prolongement de soi, le thé également. On s'absorbe dans chaque action; les gestes sont précis, fluides et proviennent de notre centre. Seule compte la plénitude de l'instant. La méditation se prolongera naturellement pendant la dégustation. Le thé pourra ainsi pleinement se révéler.

     HE, Harmonie
     JING, Respect
     QING, Pureté
     JI, Silence

 Au fil des jours, on va découvrir bien des choses sur le thé et sur soi-même, néanmoins pour cela, il ne faut rien attendre. Notre esprit doit rester désintéressé, libre et totalement ouvert.  On travaille la présence à soi-même, la présence au présent, c'est tout. De plus, cette méditation permet de réaliser et de vivre les vertus du thé, plutôt que de les comprendre intellectuellement.


Bref, pratiquer la préparation du thé comme une méditation offre la découverte de nouvelles profondeurs en soi-même, et donne au thé une toute autre saveur. En effet, il ne faut pas oublier que le thé que nous préparons révèle fort bien notre état intérieur, et lorsque nous travaillons sur celui-ci, nous influençons considérablement la liqueur que nous obtenons. D'autre part, cette pratique affine les   sens et permet de percevoir plus nettement le Qi particulier de chaque thé.

Dans ce temple datant de la dynastie Song, le thé rythme
 la plupart des activités du quotidien, de la culture
aux rituels de préparation, en passant par les offrandes.
(WuYi Shan, Fujian)

La pleine conscience peut s'appliquer à de nombreuses activités. Mais le thé, avec son esprit vivant et pure, invite naturellement à suivre cette discipline qui se répercutera d'ailleurs dans tous les autres domaines de la vie, et à chaque instant. Ce n'est pas un hasard si bouddhisme chan (zen) et thé sont si intimement liés: ils partagent le même esprit. On peut cependant pratiquer la Voie du thé et la méditation sans être rattaché à une religion, quelle qu'elle soit. Néanmoins, il ne faut pas oublier que certains rituels ou cérémonies pratiqués en Chine, en Corée, et au Japon incarnent purement et simplement cette union entre bouddhisme et thé, reflétant parfaitement ce travail de pleine conscience.



Le thé, dans sa grande complexité, comprend de nombreuses facettes et nombreuses sont celles que nous pouvons comprendre grâce à notre intellect. Cependant, le thé ne peut se réduire à la compréhension intellectuelle seule. Pratiquer la méditation, dans l'immobilité et le mouvement, donne accès à une compréhension profonde du thé au delà de toute considération subjective. Là, il ne s'agit plus que de la boisson, mais bien de l'essence même du thé, de son esprit, qui nous permet de découvrir notre nature profonde, si nous le souhaitons ardemment. Il est simplement question de s'ancrer dans le moment présent pour vivre la réalité du thé.